5e Sommet de la MicroFrancophonie : à Saint-Étienne, l’OMF retrouve un nouveau souffle
Après les turbulences de 2025, l’Organisation de la MicroFrancophonie (OMF) semble avoir retrouvé le chemin du dialogue et de la coopération. Réunies à Saint-Étienne les 24 et 25 octobre, les délégations micronationales ont participé à un cinquième sommet placé sous le signe de l’eau et de l’écologie. Si les engagements concrets restent encore à définir, cette édition aura surtout révélé l’émergence d’une nouvelle génération de micronationalistes, bien décidée à écrire la suite de l’histoire de l’organisation.

Un sommet organisé en un temps record
Le pari était audacieux. Annoncée le 29 août dernier par le nouveau Secrétaire général de l’OMF, Son Altesse Sérénissime le Prince Rémi de Ferthroy, la tenue du cinquième Sommet de la MicroFrancophonie ne laissait que deux petits mois pour préparer une rencontre internationale.
C’est à la République Participative du Dibistan qu’est revenue la responsabilité d’accueillir les délégations à Saint-Étienne. Une première expérience de cette envergure pour ses deux principaux organisateurs, Émilien Gallet et Uwe-Ute Krzyjanski, Ambassadrice en Terre Inconnue.
Malgré ce calendrier particulièrement serré, le rendez-vous a bien eu lieu, démontrant la capacité de mobilisation d’une organisation que certains auraient pu croire définitivement affaiblie après les bouleversements de l’année précédente.
Dans un communiqué publié à l’issue du sommet, l’ambassadrice Uwe-Ute Krzyjanski ne cache d’ailleurs pas sa satisfaction, résumant cette cinquième édition en deux mots : « Un succès ! »

Le dialogue comme première ambition
C’est au Prince Rémi de Ferthroy qu’est revenu l’honneur d’ouvrir officiellement les travaux de cette cinquième édition.
Dans son discours inaugural, le Secrétaire général a rappelé l’importance du dialogue dans la construction de la paix, insistant sur la nécessité pour les représentants des micronations de se rencontrer véritablement, au-delà des échanges virtuels qui caractérisent souvent leurs relations.
Il a ainsi invité les délégations à faire connaissance, à confronter leurs expériences et à découvrir la diversité d’une scène micronationale francophone en pleine évolution. Une volonté de rapprochement qui constituait déjà, en elle-même, un objectif important pour une organisation ayant traversé une profonde crise institutionnelle en 2025.

Des conférences entre patrimoine, sport et environnement
Le programme des conférences a permis d’aborder plusieurs facettes du micronationalisme contemporain.
Le Prince Vincent Ier de la Principauté d’Hélianthis a notamment présenté le rôle que peuvent jouer les micronations dans la valorisation des territoires et du patrimoine local. À travers différents exemples, son intervention a démontré comment ces structures peuvent contribuer à l’attractivité d’un terroir et participer à son rayonnement, en collaboration avec les acteurs locaux.
De son côté, Martin Condor, Président de la Cliponie, s’est intéressé à la place du sport et de l’e-sport dans l’univers micronational. Une conférence consacrée à l’histoire des compétitions sportives entre micronations et à leur dimension géopolitique, faisant écho aux enjeux que connaît le sport à l’échelle internationale.
Des interventions intéressantes qui témoignent de la diversité des initiatives micronationales, même si elles s’éloignaient quelque peu du thème central retenu pour cette édition.
L’eau, un thème fédérateur… mais encore peu d’engagements
Car cette cinquième édition entendait avant tout placer l’eau et sa préservation au cœur des réflexions. Un choix particulièrement pertinent à l’heure où les enjeux liés à l’accès à l’eau potable, à la raréfaction des ressources et aux changements climatiques concernent l’ensemble des territoires, quelle que soit leur taille ou leur reconnaissance internationale.
Pourtant, force est de constater que relativement peu d’interventions ont directement abordé cette thématique.
La Principauté de Gehenzed, participant à distance par visioconférence, a néanmoins partagé la manière dont les problématiques liées à l’eau se manifestent sur son propre territoire. Mais c’est sans doute l’intervention d’Aboubacar Touré, représentant de la République de Toubak, qui aura donné à cette réflexion sa dimension la plus concrète.
Celui-ci a présenté une réalisation de la Principauté des Baobabs : l’installation d’une fontaine d’eau potable permettant désormais aux populations locales de s’approvisionner sans devoir parcourir les neuf kilomètres qui les séparaient auparavant d’un point d’eau. Une initiative remarquable qui rappelle que le micronationalisme peut également dépasser le cadre symbolique, culturel ou diplomatique pour devenir un véritable instrument d’action au service des populations.
À l’issue du sommet, aucune déclaration commune contraignante ni aucun traité collectif relatif à la protection de l’eau n’ont toutefois été adoptés. Interrogé sur cette absence d’engagement formel, le Secrétaire général Rémi de Ferthroy a tenu à relativiser ce constat :
« Cet évènement a posé les bases de projets concrets et partagés sur la gestion et la préservation de l’eau. »
Des perspectives encourageantes, même si aucune précision supplémentaire n’a été apportée quant à la nature de ces projets, à leur calendrier ou aux moyens envisagés pour leur réalisation. Dans son communiqué, la République Participative du Dibistan invite d’ailleurs les participants à poursuivre collectivement la réflexion afin d’aboutir à des mesures concrètes, dépassant les initiatives individuelles et les simples déclarations d’intention.
Le sommet aura donc davantage constitué un point de départ qu’un aboutissement sur le plan environnemental.

Une nouvelle génération prend la relève
Mais au-delà des conférences et des déclarations, le fait marquant de ce cinquième sommet réside peut-être ailleurs : dans le renouvellement générationnel de l’Organisation de la MicroFrancophonie.
Après le départ de plusieurs grandes micronations historiques et fondatrices, l’OMF avait traversé en 2025 une crise profonde, laissant planer de sérieuses interrogations sur son avenir. Pourtant, loin de disparaître, l’organisation semble aujourd’hui trouver un nouvel élan auprès d’une génération montante de micronationalistes.
Français, Ivoiriens et Togolais participent désormais à cette dynamique, apportant de nouvelles sensibilités, d’autres expériences et une vision parfois différente de ce que peut représenter une micronation au XXIe siècle. Cette évolution mérite d’être soulignée.
Car si les micronations historiques ont largement contribué à structurer le mouvement francophone et à lui donner ses premières institutions, cette nouvelle vague semble vouloir explorer d’autres horizons, notamment dans les domaines du développement local, de la solidarité, de l’environnement et de l’action citoyenne.
L’exemple de la fontaine d’eau potable présentée lors du sommet illustre parfaitement cette orientation : le micronationalisme n’est plus seulement envisagé comme un exercice de souveraineté symbolique, mais également comme un moyen de fédérer des énergies autour de projets utiles.
Ce rajeunissement constitue sans doute le plus beau signe de renaissance pour l'organisation.
Une renaissance à confirmer
Il serait prématuré de considérer que tous les défis de l’OMF sont désormais derrière elle.
L’organisation devra encore démontrer sa capacité à transformer les bonnes intentions en réalisations communes, à consolider ses institutions et à maintenir une coopération durable entre des micronations aux aspirations parfois très différentes.
L’absence d’engagement collectif formel sur l’eau, pourtant au centre de cette édition, rappelle notamment que la diplomatie micronationale doit encore franchir certaines étapes pour donner davantage de portée à ses ambitions. Mais il serait tout aussi injuste de minimiser le chemin parcouru.
En réussissant à organiser un sommet international en moins de deux mois, la nouvelle équipe dirigeante et les organisateurs dibistanais ont démontré qu’une mobilisation rapide et efficace restait possible. Le choix d’une thématique environnementale traduit également la volonté d’inscrire l’organisation dans une réflexion résolument plus écologique, en phase avec les préoccupations contemporaines.
Et surtout, cette rencontre aura permis de recréer du lien, de renouer le dialogue et de donner une visibilité à des acteurs émergents du micronationalisme francophone.
Le début d’un nouveau chapitre ?
Certes, cette cinquième édition n’aura pas débouché sur de grandes décisions diplomatiques ni sur des engagements environnementaux historiques. Mais elle aura eu le mérite de réunir, de fédérer et de redonner envie de construire ensemble. Dans un mouvement où les divisions personnelles et institutionnelles ont trop souvent pris le pas sur les ambitions collectives, ce résultat est loin d’être anodin.
À Saint-Étienne, l’OMF n’a peut-être pas encore trouvé toutes les réponses aux défis de demain. Mais elle a démontré qu’elle possédait toujours l’énergie, la jeunesse et la volonté nécessaires pour les affronter. C’est en cela une belle victoire.






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